04.02.2008

Delors, une voix si rare

A quoi joue Jacques Delors? Depuis son retrait de la présidentielle de 1995 - au motif que la société française n'était pas prête pour des réformes - qui avait chamboulé quelque peu le parti socialiste, l'homme se fait très rare dans le débat politique public.
Il était sorte de sa réserve profonde en 2005 en affirmant dans Le Monde pour accréditer dans un premier temps l'idée du "Plan B" développée par Laurent Fabius, avant de revenir sur son propos et d'édulcorer sa position.

Le jour du vote des parlementaires réunis en congrès, on assiste à une séquence qui n'est pas sans rappeler celle de 2005.
L'ancien président de la Commission, considéré comme un des tuteurs de l'Europe, a critiqué plusieurs dispositions du traité de Lisbonne sur l'antenne de RTL. Il estime notamment que l’instauration d’une présidence permanente sera assimilable à une «jolie colonie de vacances », puisque cette nouvelle figure se superpose à d’autres représentants de l’UE.

On peut s'interroger sur l'intérêt de cette déclaration. Au moment où le parti socialiste est meurtri par le sujet, et où une partie des élus socialistes comme de leurs électeurs estiment que la direction du parti devrait exiger un nouveau référendum et inviter en conséquence ses parlementaires à voter "Non", cette position est assez incongrue, sinon paradoxale.

Est-elle de nature à bouleverser la procédure de ratification par le parlement? Sans doute pas, mais elle ajoute à la confusion.

31.01.2008

Quand on enfante quelque chose, on l'assume

En brillant calculateur doué pour la dialectique et la formule, le député de Seine-Saint-Denis entame les grandes manoeuvres et réactive ses réseaux.
Celui pour qui le "Non" à la Constitution ne devait pas avoir de conséquences négatives puisqu'il y avait un "plan B" se découvre de plus en plus.

Le député de Seine-Saint Denis soutiendrait-il une stratégie subliminale?
L'homme se place au dessus de la mêlée, de toutes les mêlées, particulièrement celles qui agitent son parti.
Il prend une posture de "sage", inaccessible aux mesquineries politiciennes, posture qui ne doit être éloignée, dans son esprit, de celle d'un présidentiable dont il affiche "le calme et le sérieux", qualités qu'il recommande au président de la République.

La situation ne sera jamais simple dans ce parti.
L'eurodéputé Vincent Peillon ne tombe pas sous le charme.
Il a critiqué sur i-TELE "une dégénérescence morale et intellectuelle" au PS, s'en prenant notamment aux amis de Dominique Strauss-Kahn et de Laurent Fabius.

"C'est la première fois que je vois une dégénérescence morale et intellectuelle à ce point dans un parti de gouvernement, qui théorise que pour en devenir le leader sous la Ve république (...), il faudrait surtout que la première condition soit que les Français ne veuillent pas de vous. Et donc ne pas vraiment installer un leadership à la tête du parti", a déclaré M. Peillon.
Lui a rallié Ségolène Royal.

Il est temps de recommander au parti socialiste un éclaircissement profond, car ces rivalités de personnes trahissent un corpus idéologique en jachère.

La position "ni oui ni non" sur le mini-traité européen illustre cette limite.
Le PS voulait une Europe "sociale", formatée dès son avènement et calibrée en fonction de son idéologie interne, mais l'Europe réelle qui n'est pas moins celle des peuples que celle dont la gauche se réclame, se venge de lui.
Elle ne progresse pas autant qu'elle le souhaite, cette Europe.
Mais elle n'a pas fini d'empoisonner la vie des socialistes français pris les mailles des filets dérivants de la démagogie et de l'idéologie, et exposée sur son aile gauche par un Besancenot sans complexe.
Il veut faire sauter la maison PS. Et, finalement, il a raison.

Laurent Fabius porte particulièrement sur lui la responsabilité de la victoire du "Non" et reproche constamment à son parti de ne pas exiger un nouveau référendum.
Je dois dire que les sondages récents selon lesquels 63% des Français jugent nécessaire de se prononcer par eux-mêmes doivent l'enchanter, lui, Mélenchon, Emmanuelli.

Cette réappropriation citoyenne doit nous ravir, tous.
Il faudrait donc que le parti socialiste en tire les conséquences plutôt que de se dérober.
Quand on enfante quelque chose, on l'assume.
Ne pas voter pour ne pas se déchirer, ce n'est pas prendre ses responsabilités politiques.
Si le PS veut faire échouer le mini-traité parce qu'il n'est pas démocratique, qu'il le fasse.
On ne lui souhaite pas de supporter la frustration d'avoir participé à un déni de démocratie puisque le minitraité constituerait une atteinte à la souveraineté du peuple.